La question a l'air domestique. Elle l'est moins qu'il n'y paraît : un classement de justificatifs répond à deux horloges qui n'ont pas le même rythme.
La première, c'est la campagne annuelle : avoir sous la main de quoi remplir des cases. C'est celle pour laquelle tout le monde s'organise, et la plus facile : elle se voit venir.
La seconde est beaucoup plus lente, et c'est elle qui pose problème. Certaines pièces ne servent pas l'année où on les range. En location meublée non professionnelle au réel, le déficit ne s'impute que sur des bénéfices de même nature des dix années suivantes ; la part d'amortissement non déduite se reporte, elle, sans limitation de durée. Et les amortissements déduits pendant la détention viennent aujourd'hui réduire le prix d'acquisition retenu pour le calcul de la plus-value à la revente — quelques catégories de résidences y échappent. La facture qui justifie une écriture d'aujourd'hui peut donc être appelée bien plus tard, dans un calcul auquel personne ne pensait en la classant.
Ce n'est pas propre à l'immobilier. En assurance-vie, le délai de huit ans court depuis la souscription du contrat, pas depuis chaque versement. En PEA, le gain n'est calculé qu'au retrait ou à la clôture, par différence entre la valeur liquidative à cette date et le total des versements. Une date, un cumul : deux informations dont aucune déclaration annuelle n'a besoin, et qu'il faut pourtant pouvoir retrouver le jour de la sortie.
D'où une grille pièce par pièce : à quelle question sert-elle, et quand sera-t-elle posée ? Trois familles de réponses :
- elle justifie une ligne de cette année ;
- elle justifie un montant qui se reporte, et doit vivre aussi longtemps que le report ;
- elle ne servira qu'à la sortie : acte d'acquisition, ventilation terrain / construction, inventaire détaillé et estimatif du mobilier, historique des versements, date d'ouverture d'un plan.
Trois remarques. Les durées légales de conservation ne se devinent pas : elles dépendent du délai pendant lequel l'administration peut encore revenir sur l'année, et ce délai n'est pas le même selon l'impôt. Cela se vérifie à la source. Un espace client en ligne dépend, ensuite, d'une relation commerciale : la durée de mise à disposition des pièces ne vous appartient pas. Enfin, tout ne suit pas le calendrier de la déclaration : un don manuel, par exemple, se déclare sur le formulaire 2735-SD dans le mois de sa révélation.
Reste la question qui nous intéresse ici : classez-vous par année, par enveloppe, ou par bien ? Les trois existent, et ce qui les départage tient sans doute moins à leur élégance qu'à la capacité à les tenir dans deux ans.