Un seul chiffre est affiché en gros, les frais courants du fonds. C'est le plus visible ; ce n'est pas le seul qui pèse sur dix ans.
Ce que vous payez se cumule sur quatre étages, facturés par quatre acteurs différents :
- les frais courants du fonds, fixés par l'émetteur ;
- les frais de l'enveloppe : en assurance-vie, les frais annuels sur unités de compte s'ajoutent à ceux du fonds, et une gestion pilotée ajoute un mandat par-dessus. Une grille publiée plafonne l'ensemble à 1,6 %/an : 0,70 % de mandat, 0,60 % d'assureur, 0,30 % de supports ;
- le courtage, qui dépend du courtier et non du fonds. Sur trois grilles publiées, le même ordre de 1 500 € en PEA coûte de 2,90 € à 9 € — ces 9 € ramenés à 7,50 € par le plafond de 0,5 % propre au PEA, et 0 € via un plan d'investissement programmé ;
- l'écart de suivi entre le fonds et son indice, qui se lit dans la tracking difference du rapport annuel. La tracking error, elle, mesure la régularité de l'écart, pas son ampleur ; le seuil de 0,5 % souvent cité n'a aucune valeur normative.
Le piège n'est pas de mal lire un chiffre : c'est d'en comparer deux qui ne recouvrent pas le même périmètre. Trois cas courants.
Changer de courtier pour « payer moins de frais de gestion » : le TER est fixé par l'émetteur, il ne bouge pas d'un intermédiaire à l'autre. Seul le courtage bouge.
Comparer le TER pondéré d'un portefeuille de trois lignes avec celui d'un fonds mondial unique : ce sont deux constructions, pas deux tarifs. Sur un fonds mondial, l'écart relevé entre l'éligible PEA et le compte-titres se joue autour de 0,20 % contre 0,14 % — six points de base.
Comparer deux fonds au nom d'indice presque identique : l'un peut suivre une version filtrée — un « S&P 500 » éligible au PEA réduit à 320 valeurs, un « émergents » excluant un pays et passé au filtre ESG. Le prix ne se compare pas si le contenu diffère.
Un écart de 0,10 point, ça pèse ? Exemple chiffré illustratif : sur 80 000 €, c'est 80 € par an ; sur dix-huit ans à 6 %, l'écart final ressort autour de 3 850 € si l'on applique le frottement au capital, ou de 2 470 € si l'on capitalise seulement les 80 € annuels. Deux méthodes, deux résultats : un ordre de grandeur, pas une promesse. À l'inverse, un courtage forfaitaire pèse d'autant plus lourd que les ordres sont petits et fréquents : le rythme d'achat déplace alors l'arbitrage plus que le TER.
Deux choses, enfin, n'apparaissent sur aucune grille. Un encours faible ne signale pas un défaut de liquidité à l'exécution, mais un risque de fermeture : un ETF mondial éligible au PEA a été absorbé en mars 2024. Et la sortie se paie : le transfert d'un PEA est plafonné à 15 € par ligne cotée et 150 € par compte.
Et vous, sur ces quatre étages, lequel regardez-vous en premier ?